Ci-après je vous communique des observations empiriques et des expériences individuelles rassemblées depuis quelques années qui nous aident à conseiller les amateurs de ces moutons peu exigeants en soins et en besoins alimentaires.

Sa présence est toute indiquée dans les vergers, parcs et réserves naturelles dont il peut assurer un entretien permanent et écologique. La charge à l’hectare est très variable : 3 à 6 individus par hectare en réserves naturelles (friches ou prairies sauvages), 8 à 12 pour un verger. Il est donc plus indiqué pour remplir cette mission d’entretien que pour sa productivité en viande de boucherie. Un autre grand atout est sa grande facilité d'entretien ainsi que sa grande rusticité ne nécessitant qu'un minimum de soins pour un maintien en bonne santé.


Quelques informations agrostologiques et zootechniques pour vous aider à mieux comprendre le problème de calcul de nombre d’animaux à l’hectare :

En général (cela varie d’un hiver à l’autre) la croissance de l’herbe démarre doucement avec une température de 10°C (fin mars), réellement avec une température de 12-15° C vers début avril, explose en avril-mai-juin, ralentit en juillet-août( sécheresse relative), redémarre en septembre avant de ralentir à nouveau en octobre-novembre. La croissance de l’herbe s’arrête avec une température inférieure à 5° C.

Sur une hauteur de 20 cm d’herbe, les 10 cm inférieurs de la graminée sont deux fois plus riches que les 10 cm supérieurs.

Les brebis Soay sont en chaleur de fin octobre à fin décembre, ce qui entraîne des naissances de fin mars à fin mai. A partir de septembre, après le sevrage naturel des agneaux, la brebis Soay fait ses réserves énergétiques pour la période de rut et le passage de l’hiver; progressivement en cours d’hiver, l’agneau en gestation se développe et prend de plus en plus de place dans la brebis au détriment du rumen, ce qui nécessite un besoin en aliments plus riches car consommés en moindre quantités. Juste après l’agnelage, le rumen est libéré, la brebis peut consommer à nouveau une grande quantité de fourrages verts pour une bonne lactation.

La croissance de l’herbe ne se fait malheureusement pas en fonction des besoins des brebis et il faut donc faire un choix : soit avoir assez de moutons pour contrôler l’herbe durant sa plus forte croissance (et leur apporter assez bien de compléments fourragers en hiver) , soit avoir un nombre suffisant de moutons pour leur apporter le strict minimum en hiver (mais avec l’inconvénient d’avoir un excès d’herbe dans la prairie pendant la bonne saison) . C’est un équilibre qui est difficile à trouver rapidement, mais il est possible d’y arriver progressivement.

Commencez avec 5 à 6 moutons Soay par hectare et augmentez progressivement suivant la capacité de charge de votre pâture (c’est à dire ce que votre pâture produit comme fourrage vert), et en observant l’état ce celle-ci en janvier/février.


Si vous désirez apporter le moins possible de complément fourrager en hiver (soit 1 ou 2 petits ballots de foin par mouton et par hiver, ainsi que 1 sac de 25 kg de granulés pour moutons/chèvres/cerfs* par mouton et par hiver, soit 150gr par mouton pendant 3 mois) pour couvrir les besoins des brebis de janvier à mars, il est nécessaire de leur laisser assez d’herbe en octobre, novembre et décembre en n’ayant pas trop d’animaux dans le verger à partir du mois d’août.

*Ces granulés sont moins riches que les mélanges prévus pour des brebis gestantes. Attention de veiller à leur donner des petits granulés car ils risqueraient de s’étouffer avec de gros granulés pour bovins. Toujours leur donner ces granulés à l’abri des intempéries, dans une gouttière ou un bac en plastic propre. Pas à même le sol.



Remarque : il faut veiller à ne pas leur donner du foin détérioré par des intempéries ou du foin mal ballotté qui risque de les intoxiquer (entérotoxémie) par ingestion de fourrage contenant des moisissures. Egalement, dans un verger, certains moutons trop gourmands, en ingérant trop de pommes à la fois, peuvent avoir un excès de fermentation (météorisation) qui les intoxiquent.

« Assez d’herbe » signifie qu’il faudrait avoir fin septembre une hauteur moyenne d’herbe de +/- 18 cm et fin octobre une hauteur moyenne de +/- 12 cm ; dans la mesure du possible, en fin d’hiver, il ne faut pas laisser faire un surpâturage (herbe en-dessous de 3 à 4 cm) car la reprise de la croissance sera plus lente au printemps et les adventices auront tendance à prendre le dessus. Le parcellement de la superficie est utile pour conserver une parcelle non pâturée de mi-octobre à mi-février et pour l’ouvrir en fin d’hiver.
Comme les moutons remettent une quantité de potassium et de phosphore sur le sol, il est souvent recommandé de mettre un complément d’engrais azoté vers la mi-août pour équilibrer le sol et pour favoriser la repousse de fin d’été et d’automne. 60 à 75 unités d’azote (soit 200 à 250 kg à 28%N) seraient suffisants pour un pâturage extensif.


Clôtures : Pour cette petite race de moutons, une clôture de 1,10-1,20m de haut serait suffisante si il n’y avait pas de risques de chiens errants : donc, je recommande une clôture de 1,20-1,30m de haut de type « Bekaert- Ursus léger » avec 16 ou 18 fils horizontaux ( plus rapprochés à la base et moins dans le haut). Des tendeurs doivent être mis tous les 50 m , soit aux extrémités de chaque longueur (50m) de rouleau, de préférence sur un poteau plus solide que la moyenne et renforcé de part et d’autre par des poussards. 5 ou 6 tendeurs seront répartis sur la hauteur de la clôture. Il est indispensable de prévoir un « couloir de rassemblement » : Près de l’abri où vous aurez l’habitude de leur apporter du foin et/ou des granulés en hiver (ou du pain très sec), habituez-les à passer régulièrement dans un couloir étroit (1,5m de large) formé de deux clôtures qui vous permettra de rassembler calmement vos moutons et de les coincer le moment venu; rappelez vous que c’est une race rustique qui a gardé une vivacité et une méfiance naturelles. Si vous avez parcellé votre verger, l’idéal est de mettre un abri entre deux parcelles ainsi que le couloir de rassemblement.


Abri : Particulièrement rustique, le Soay ne craint pas le froid mais il apprécie un abri contre les bourrasques et averses hivernales ainsi que les grosses chaleurs estivales. Sur l’archipel de St Kilda, il se met à l’abri dans les rochers. Un abri permet de conserver du foin sec dans un râtelier et une pierre à lécher. Il doit avoir trois côtés fermés et le côté ouvert orienté vers l’est. Une gouttière sera utile pour récolter l’eau de pluie dans un abreuvoir (bac de 40-45 cm de haut maximum).


Soins : Comparé aux autres races, ce mouton nécessite très peu d’entretien, ce qui ne veut pas dire aucun entretien,. Tout d’abord, il ne faut pas les tondre car ils muent. Nous avons observé que des animaux trop bien nourris en hiver ont tendance à perdre moins aisément leur toison. Pour les animaux élevés en extensif, il est recommandé de les vermifuger une fois par an ; en intensif, deux fois. Les brebis ayant agnelé le seront une première fois quinze jours ou trois semaines après l’agnelage afin que les jeunes agneaux en profitent indirectement ; L’ensemble du troupeau sera vermifugé vers la fin août/début septembre . Les bords des onglons seront vérifiés et, au besoin, taillés. La quantité d’eau de l’abreuvoir doit être vérifiée chaque semaine d’octobre à mai et plus souvent entre juin et septembre s’il fait très chaud et sec. De l’automne au printemps, avec les rosées et les pluies, les moutons absorbent assez d’eau avec les graminées et ils ont l’habitude de lécher la neige ou la couche de glace sur l’abreuvoir; mais s’ils reçoivent des compléments alimentaires secs (concentrés et foin) lorsqu’il gèle fort, ils ont tendance à s’abreuver plus que de coutume.


Disponibilité : Tenant compte que les agnelages s’étalent de fin mars à fin mai et que le sevrage se fait trois mois après, soit vers la fin août, les agneaux sevrés ou les brebis ne sont disponibles qu’à partir de la deuxième quinzaine d’août.


Prix : Les brebis coûtent entre 100 € et 110 €, les agnelles entre 80 € et 100 € et un bélier entre 75 € et 100 € ; ils ont tous une fiche d’identité (pedigree). Le prix des béliers est un prix modéré fixé pour les cessions entre les éleveurs afin de les encourager à changer de bélier chaque année pour éviter la consanguinité.



Références principales :
« Island Survivors : The Ecology of Soay Sheep of St Kilda” by P.A. Jewell, C. Milner et J. Morton Boyd, 1974 « Soay Sheep, Chapter 5 of St Kilda, the Continuing Story of the Islands, by Peter Jewell »,1992 “The History of Sheep breeds in Britain” et “l’Evolution de la Toison des Moutons” articles de M.L. Ryder, « Soay Sheep, Dynamics and Selection in an Island population by Tim Clutton-Brock and Josephine Pemberton »,2004.